Minggu, 11 Oktober 2015

A l'eau-forte

 J'ai beaucoup d'affection pour les gens beaux.

Cette révélation m'est tombée dessus, la sotte, lors d'une étude de texte avec mes 3e X-men (faudra que je vous parle de mes 3e X-men, qui m'ont fait retrouvé la foi en l'humanité en général et l'enseignement en particulier). On dépiautait un célèbre extrait d'Eugénie Grandet (faut cliquer sur "Eugénie Grandet" une fois dans le site). Sous mes yeux émerveillés, débat acharné pour déterminer si la drôlesse est une déesse ou un laideron. Et puis Morrigan prend la parole. Morrigan ne parlait jamais l'année dernière. Elle était la chose d'une sotte de première qui la ridiculisait à la moindre syllabe voisée. Cette année, Morrigan s'exprime. Chaque question, chaque remarque est un bijou travaillé qu'elle offre timidement.

"Le problème n'est pas sa beauté, le problème c'est qu'à force de fuir, elle n'existe pas."

Hormis le fait qu'une élève de Troisième soit capable de s'exprimer sans référence à la téléréalité ou sans traiter la génitrice d'un camarade de pourvoyeuse de services de très très grande proximité, c'est qu'elle a mis en mots un truc autour duquel je tournais depuis longtemps.

J'ai besoin de gens beaux, via rétine, cornée, fantasmes ou peau, parce qu'ils cessent de me faire douter. Les gens beaux, mes gens beaux, font advenir la réalité. Ils occupent l'espace, et le monde, autour d'eux, s'impose en évidence. Etre en leur présence, c'est cesser, un moment, de lutter, pour bâtir des certitudes sur des fondations de sable. Ca vaut bien des sacrifices.

Exemple le soir même. Je subis le clip désolant de la non moins désolante dernière guimauve musicale de Mika. Fanny Ardant s'y est retrouvée mêlée dans j'ignore quelles circonstances. Un peu après le début, un plan très rapide la montre en train d'étendre les bras, parodie d'envol. Le geste est posé, évident. Il existe et me boxe dans les cordes. On ne devrait jamais étendre les bras autrement.
Cela explique sans doute l'effroyable proportion d'acteurs au physique dérangeant. Indépendamment de tout pif en biais, de regard torve ou de cheveux gras, ils ont cette grâce suprêmement injuste : ils savent faire advenir un moment. Ils le rendent vrai, donc mémorable. Il y a tant de déchet dans la mémoire, un ruban de milliards de pulsations qui ne mérite même pas qu'on en parle. Et qu'une personne soit capable d'en arracher un brin, de sauver un fragment du temps en l'habitant me paraît l'une des grandes affaires de l'histoire humaine.

Je ne fréquente pas les autres pour ce trait particulier. Mais je serais hypocrite en disant qu'il ne rajoute pas un sacré plus à nos relations. Passer une soirée près de chez les morts en compagnie d'un couple magnifique brûle suffisamment la rétine pour avoir sous la paupière de quoi tenir pendant un bon moment. Se baigner aux rayons du sourire de certains collègues est un énergisant puissant. (oui, certains profs sont à tomber par terre, une chance que j'ai toujours une connerie sous le coude pour le masquer...)
Après, quand on est capable de convaincre l'un de ces êtres-là de partager votre vie... mais passons.

Et puis les gens beaux ont cet effet souverain de me réconcilier avec moi-même. Mon histoire commune avec le corps que j'habite est pour le moins cahotante, nous vivons aujourd'hui sur la base d'un motus vivendi fort bancal. Mais il y a des moments où je me rends compte. Que je peux tisser certains brins de cette grâce-là. Qu'il y a un geste, un mot, un rire. Qui résonne à l'unisson parfait de cette réalité. Que je sors du flou, de l'à peu près, mon domaine.

J'avais prévu une suite, une série de contre-arguments, pour tempérer la naïveté confondante de cette éloge. Je me tairais. Il y a des êtres à l'eau-forte qui maintiennent en place ce que l'on nomme réalité. C'est suffisamment gigantesque pour que l'on se taise.

Kamis, 08 Oktober 2015

Du K au C

Ca n'a échappé à personne, je joue à des jeux vidéos. Ne fuyez pas, ça va vous intéresser aussi.

Dans quelques années, je ferai la fortune de nombre de psychanalystes, qui se pencheront sur ce besoin compulsif de diriger de petits personnages dans des buts divers et variés, sauver la princesse, le monde, retrouver une civilisation perdue ou un homme politique intègre.

Pour le moment je ne me l'explique pas. C'est un fait et c'est comme ça. Un fait un peu honteux quand même. Les joueurs de jeux vidéos, même s'ils tendent désormais à constituer une majorité, ne s'affichent pas en tant que tel. C'est un passe-temps un zeste immature sur lequel on ne s'étendra pas trop longtemps sous peine de se voir attribuer la vignette "geek", "nerd", "no life" ou toute autre expression anglaise rappelant de façon troublante le bruit d'un lavabo qu'on débouche.
Les producteurs de loisirs vidéoludiques ne se posent pas cette question. Et ils n'ont aucune raison de le faire. Leur commerce est florissant, leur marge de manoeuvre de plus en plus importante, ils sont l'uns des marchés les plus dynamiques et inventifs qui soient.

Seulement voilà, il y a toujours des originaux.

Ces originaux, ce sont les membres de la société Atlus, dont je n'évoquerai pas ici le travail parce que ça n'est pas l'endroit. Mais le fait est que leur fond de commerce est l'inhabituel et le bizarre, dans l'univers des pixels. Mythologies et religions passées à une drôle de moulinette, théories freudiennes et jungiennes bizarrement adaptées dans un monde de mysticisme et de violence... Leurs champs d'expérimentation sont multiples.

Et puis il y a eu ça (attention les yeux, pour les non-initiés, c'est violent).

Catherine-Box-Art-Expanded

Non, ça n'est pas ce que vous croyez.

Catherine est un jeu de réflexion, un peu comme Tetris. Je vous jure que c'est vrai. Annoncé à grand renfort d'imagerie olé olé, ce jeu - qui renferme autant de scènes osées que j'ai de chances de voter Sarkozy en 2012 - est une curiosité totale. Dans Catherine, vous incarnez un trentenaire un peu branleur, Vincent. Vincent c'est l'archétype de... eh bé du trentenaire d'aujourd'hui en fait.

Vincent n'est ni un héros en costume moulant ni une créature androgyne mystérieuse. Vincent est un programmateur dans une société d'informatique, dont les journées consistent à bosser, se retrouver le soir avec les copains du coin pour picoler, et dormir. Ah et Vincent a une copine aussi. Katherine, la donzelle à droite sur l'image qui vous a brûlé la rétine. Et Katherine aimerait bien se marier, avoir des enfants, vivre dans un charmant petit appartement, tout ça. Vincent hésite, surtout depuis qu'il a rencontré Catherine, jolie blondinette peu farouche (à gauche donc), qui lui fait un gringue d'enfer.

Et c'est l'essentiel de l'histoire.

Ouais, ici, la sauvegarde du monde ou le plus gros score ne va pas vraiment faire partie de vos priorités. Votre but est plutôt de guider Vincent dans les méandres de ses problèmes de pauvre type.

Problèmes qui le poursuivent la nuit.
Les phases durant lesquelles on joue vraiment se passent durant les cauchemars du héros. Vincent se rêve dans une tenue fort seyante, au pied d'un mur composé de blocs géants. Sous lui, le sol se dérobe, sa seule issue étant de constituer un improbable escalier à l'aide de ces blocs.

Et c'est l'essentiel du jeu.

Catherine est une sorte de métaphore mal foutue - ça reste du jeu vidéo et donc à but avant tout addictif et lucractif - mais dont quelques éclairs redoutables jaillissent. Les conversations laborieuses entre Katherine et Vincent, ce couple qui peine à s'aimer, les délires de Catherine - fantasme en dentelle qui vient titiller Vincent, le forçant à boire sa honte jusqu'à la lie - le rêve partagé par tous ces hommes changés en moutons... le tout sous l'oeil ironique d'une présentatrice de télévision qui ne perd jamais une occasion de rappeler en toutes lettres que tout cela n'est qu'un jeu, une émission que l'on oubliera sitôt le bouton tourné.

Et puis, bien sûr, les différents chemins qui permettent à Vincent de quitter le cauchemar. Opter pour Katherine et une vie d'adulte avec tout ce qu'elle a de médiocre, de merveilleux. S'enfuir sur la route du fantasme, plaisir avant tout. Ou accepter de ne pas être prêt à faire un choix.

Mais au-delà de ça, Catherine, c'est avant tout un jeu sur les codes de cette génération de joueurs. Ceux qui sont maintenant trop vieux pour passer des nuits devant un écran, la manette entre les mains et le feu aux joues. Ceux qui ont dépassé la quête initiatique des princes et des princesses. Les nouveaux adultes, les "actifs", les "grands"... Un hommage nostalgique et rassurant d'Atlus aux premiers gamers : vous avez grandi, vous devenez vieux et un peu cons, mais on ne vous oublie pas. Promis on ne vous jugera pas, la manette entre les mains et le feu aux joues.

Selasa, 06 Oktober 2015

The world is my lesbian wedding !

 ... saluons donc le retour de notre grand jeu concours "trouve la citation et plus vite que ça, feignasse".

Or donc, circule depuis quelques jours sur Internet en général et les réseaux sociaux en particulier une image d'assez bon goût et plutôt rigolote.


Mon premier mouvement a été, après le rire jovial de circonstance - oh oh oh, mais où vont-ils chercher tout ça ? - de partager, aux côtés des photomontages de moi en train de parler littérature avec Thomas Dekker ou de mes statuts "le prochain qui m'envoie une invitation F*rmville, je lui enfourne son navet virtuel quelque part."
Et vous n'allez pas me croire, mais j'ai eu comme une hésitation. Non pas à cause de ma haine immodérée pour le footcheball, mais tout simplement parce que le mariage gay, je n'y avais jamais vraiment pensé. Alors certes, c'est peut-être pousser la réflexion un peu loin pour une bête image mais tout de même. Au vu des échéances électorales qui se pressent à notre porte, tout cela mérite peut-être que l'on en parle.

Où l'on remarque que la légalisation du mariage homosexuel est un sujet aussi casse-gueule qu'une visite de DSK à un congrès de Biba.

Le premier souci vient de tout ce que le mariage évoque. Cette noble institution traîne derrière elle une imagerie impressionnante. Je prendrai très égocentriquement mon exemple. Lorsque je pense mariage homosexuel, les premiers millièmes de seconde, je visualise un mec en robe de mariée. Alors oui, honte sur moi, les intérieurs de mes synapses sont pourris, mon cervelet s'appelle Eric Zemmour.

Mais tout de même.

Tout de même on nous représente perpétuellement le mariage avec ses afféteries diverses et hollywoodiennes, demoiselles d'honneur, bouquet, église et tout ce qui s'ensuit. Et c'est justement sur ce côté, gnangnan mais incontournable que jouent les homophobes de tout poils à grand renfort de "caricature", "sacrilège" (ça c'est rien que la faute au mariage qui n'arrive pas à décider s'il est un sacrement religieux où une union civile. Il faudrait deux termes différents pour l'un et l'autre), "ridicule", j'en passe et des plus colorés. Que dans les faits, les robes de mariées tendent à être remplacées par des tailleurs et que l'on cesse de jeter du riz parce que Berthe en a reçu dans son oeil de verre ne change rien. Le mariage c'est blanc, souriant, lors d'une journée ensoleillée.

Si l'on tente de se rabattre sur le légal, l'officiel, alors le mariage devient dans l'imaginaire collectif une cérémonie grise et grinçante. Et à ceux qui tentent d'expliquer le contraire, on leur faire comprendre qu'ils sont byzantins, et que le combo PACS + fête entre potes est tout aussi efficace.  

Par ailleurs, à plus ou moins long terme, le mariage est synonyme de chiards à venir. On commence peu à peu à sortir de cette idée, mais elle reste en filigrane. Et là, on ramène sur le tapis le débat de l'adoption - que j'estime nettement plus important, mais ne dérivons pas - ce qui rend la question encore plus sujette à polémique.

Enfin, on aura aussi les acharnés du code civil qui pointent du doigt deux lignes indiquant que le code du mariage fait référence au terme de "père" et "mère". Je ne leur ai pas fait l'honneur d'aller vérifier et me contenterai de rappeler que depuis Moïse, nous avons quelque peu évolué et qu'il est nettement plus simple maintenant de modifier la législation qui, dans ma vision bisounours des choses, a pour vocation à s'adapter aux peuples qu'elle guide et non l'inverse.


Où l'Etat se retrouve un peu enquiquiné. Quand même.

Bien sûr la ligne de défense la plus raisonnable pour les défenseurs du mariage gay est d'évoquer l'égalité des droits : devoir recourir à des biais bancals pour s'unir à la personne que l'on aime est irrecevable dans un état de droit. Alors le camp des pro-mariage gay lève ses petits poings rageurs vers les fenêtres de l'Elysée et exige des réponse. Demande justice.

Demande justice ?

Quand la confusion s'installe, il est toujours bon de bien écouter les mots prononcés. Et au fil des reportages, des manifestes et des langues qui s'agitent, revient toujours la même demande : "on veut ce que tout le monde a."

Ha !

Nous y voilà. Le mariage est l'union de deux personnes. Qui vivront ensemble sans que personne ne se pose de questions. Et là, nous touchons du doigt un point essentiel. Je vis avec Guillaume depuis plus longtemps que beaucoup de couples hétéros. Notre quotidien s'est installé, nous partageons nos vies, tout simplement.
Ou presque.

et les seigneurs du temps.png

Parce que sous mes airs de grand garçon équilibré, sous le vernis de l'adulte indépendant, il reste toujours cette interrogation. A l'arrière du crâne. Quand je lui prends la main en sortant du ciné, que je l'embrasse dans un lieu public sur un coup de tête. "Qu'en pensent les autres ?" Oh bien sûr c'est fugace. Une fois de plus, quelques millièmes de seconde. Mais des millièmes qui persistent, ne s'effacent jamais. Et je soupçonne ne pas être le seul dans ce cas.

Légaliser le mariage homosexuel, ce serait peut-être espérer que la loi peut atteindre le fond du crâne. Effacer ces fragments d'instant. En est-elle capable, la loi ? Et je comprendrais, homme de pouvoir, que cette question soit embarrassante, au point d'hésiter à légiférer dessus. (bon, même si je pense qu'actuellement, le gouvernement n'a juste pas super envie de permettre aux pédés de se marier, point barre)

On en revient toujours à ce terme galvaudé : le droit à l'indifférence. Auquel les homosexuels devraient avoir accès. Autant que les femmes, les noirs, les beurs, les handicapés...

... et les seigneurs du temps !

Où l'on conclut inutilement

Je pourrais difficilement être contre la légalisation du mariage gay. Parce que ce qu'il sous-tend, c'est avant tout l'espoir d'un changement des mentalités. Alors bien sûr, vouloir s'attaquer aux opinions par la loi a un côté ridicule, mais avons-nous le choix des armes ?
Ma plus grande crainte - comme pour toutes les démarches militantes - est de voir cette demande créer une crispation du camp adverse et donc, arriver à l'inverse du résultat escompté.
C'est une exigence qui n'aura de sens que si elle s'inscrit dans quelque chose de plus vaste. Une lutte au quotidien, nettement moins sexy médiatiquement que ce genre d'actions (qui restent essentielles je le répète) contre des insultes, des ricanements, ou des regards un brin insistants.
Plus qu'à changer le monde, finalement.