Kamis, 08 Oktober 2015

Du K au C

Ca n'a échappé à personne, je joue à des jeux vidéos. Ne fuyez pas, ça va vous intéresser aussi.

Dans quelques années, je ferai la fortune de nombre de psychanalystes, qui se pencheront sur ce besoin compulsif de diriger de petits personnages dans des buts divers et variés, sauver la princesse, le monde, retrouver une civilisation perdue ou un homme politique intègre.

Pour le moment je ne me l'explique pas. C'est un fait et c'est comme ça. Un fait un peu honteux quand même. Les joueurs de jeux vidéos, même s'ils tendent désormais à constituer une majorité, ne s'affichent pas en tant que tel. C'est un passe-temps un zeste immature sur lequel on ne s'étendra pas trop longtemps sous peine de se voir attribuer la vignette "geek", "nerd", "no life" ou toute autre expression anglaise rappelant de façon troublante le bruit d'un lavabo qu'on débouche.
Les producteurs de loisirs vidéoludiques ne se posent pas cette question. Et ils n'ont aucune raison de le faire. Leur commerce est florissant, leur marge de manoeuvre de plus en plus importante, ils sont l'uns des marchés les plus dynamiques et inventifs qui soient.

Seulement voilà, il y a toujours des originaux.

Ces originaux, ce sont les membres de la société Atlus, dont je n'évoquerai pas ici le travail parce que ça n'est pas l'endroit. Mais le fait est que leur fond de commerce est l'inhabituel et le bizarre, dans l'univers des pixels. Mythologies et religions passées à une drôle de moulinette, théories freudiennes et jungiennes bizarrement adaptées dans un monde de mysticisme et de violence... Leurs champs d'expérimentation sont multiples.

Et puis il y a eu ça (attention les yeux, pour les non-initiés, c'est violent).

Catherine-Box-Art-Expanded

Non, ça n'est pas ce que vous croyez.

Catherine est un jeu de réflexion, un peu comme Tetris. Je vous jure que c'est vrai. Annoncé à grand renfort d'imagerie olé olé, ce jeu - qui renferme autant de scènes osées que j'ai de chances de voter Sarkozy en 2012 - est une curiosité totale. Dans Catherine, vous incarnez un trentenaire un peu branleur, Vincent. Vincent c'est l'archétype de... eh bé du trentenaire d'aujourd'hui en fait.

Vincent n'est ni un héros en costume moulant ni une créature androgyne mystérieuse. Vincent est un programmateur dans une société d'informatique, dont les journées consistent à bosser, se retrouver le soir avec les copains du coin pour picoler, et dormir. Ah et Vincent a une copine aussi. Katherine, la donzelle à droite sur l'image qui vous a brûlé la rétine. Et Katherine aimerait bien se marier, avoir des enfants, vivre dans un charmant petit appartement, tout ça. Vincent hésite, surtout depuis qu'il a rencontré Catherine, jolie blondinette peu farouche (à gauche donc), qui lui fait un gringue d'enfer.

Et c'est l'essentiel de l'histoire.

Ouais, ici, la sauvegarde du monde ou le plus gros score ne va pas vraiment faire partie de vos priorités. Votre but est plutôt de guider Vincent dans les méandres de ses problèmes de pauvre type.

Problèmes qui le poursuivent la nuit.
Les phases durant lesquelles on joue vraiment se passent durant les cauchemars du héros. Vincent se rêve dans une tenue fort seyante, au pied d'un mur composé de blocs géants. Sous lui, le sol se dérobe, sa seule issue étant de constituer un improbable escalier à l'aide de ces blocs.

Et c'est l'essentiel du jeu.

Catherine est une sorte de métaphore mal foutue - ça reste du jeu vidéo et donc à but avant tout addictif et lucractif - mais dont quelques éclairs redoutables jaillissent. Les conversations laborieuses entre Katherine et Vincent, ce couple qui peine à s'aimer, les délires de Catherine - fantasme en dentelle qui vient titiller Vincent, le forçant à boire sa honte jusqu'à la lie - le rêve partagé par tous ces hommes changés en moutons... le tout sous l'oeil ironique d'une présentatrice de télévision qui ne perd jamais une occasion de rappeler en toutes lettres que tout cela n'est qu'un jeu, une émission que l'on oubliera sitôt le bouton tourné.

Et puis, bien sûr, les différents chemins qui permettent à Vincent de quitter le cauchemar. Opter pour Katherine et une vie d'adulte avec tout ce qu'elle a de médiocre, de merveilleux. S'enfuir sur la route du fantasme, plaisir avant tout. Ou accepter de ne pas être prêt à faire un choix.

Mais au-delà de ça, Catherine, c'est avant tout un jeu sur les codes de cette génération de joueurs. Ceux qui sont maintenant trop vieux pour passer des nuits devant un écran, la manette entre les mains et le feu aux joues. Ceux qui ont dépassé la quête initiatique des princes et des princesses. Les nouveaux adultes, les "actifs", les "grands"... Un hommage nostalgique et rassurant d'Atlus aux premiers gamers : vous avez grandi, vous devenez vieux et un peu cons, mais on ne vous oublie pas. Promis on ne vous jugera pas, la manette entre les mains et le feu aux joues.

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